Yves Eonnet, Président-Fondateur de Skaleet : « Il est impératif que les banques s’équipent de nouvelles technologies…»

(Guinée Eco)-Dans un entretien téléphonique qu’il a accordé à un journaliste de Guinee-eco.info dans l’après-midi de ce mercredi 13 juillet 2022, Yves Eonnet, Président-Fondateur de Skaleet (ex TagPay) souligne l’impérieuse nécessité pour les banques, notamment africaines, de s’équiper de nouvelles technologies pour pouvoir améliorer leur efficacité et baisser leurs coûts. Selon lui, l’économie africaine ne se développera pas si on ne va pas chercher l’épargne de tous les citoyens pour la mettre dans le système bancaire afin de gérer les prêts qui vont financer les entreprises et créer de l’emploi. Lisez plutôt notre entretien

Yves Eonnet, Président-Fondateur de Skaleet

 Bachir Sylla : Qui est Yves Eonnet, pour les lecteurs de Guinee-eco.info qui ne vous connaissent pas ?

Yves Eonnet : Je suis Yves Eonnet. Depuis le début de ma carrière professionnelle, je suis passionné par l’innovation bancaire. J’ai travaillé dans la carte à puce, dans le système de paiement. Et j’ai créé Skaleet. Notre mission est de fournir aux banques des plateformes digitales pour les aider à être plus efficace dans la livraison des services financiers de façon à atteindre le maximum de populations.

Bachir Sylla : C’est quoi le cœur de métier ?

Yves Eonnet : Le cœur de notre métier c’est de fabriquer ce qu’on appelle les Cores Banking Systems digitaux, informatiques qui permettent de gérer les banques de façon particulièrement efficace.

Bachir Sylla : En quoi la digitalisation représente une panacée pour les services financiers en Afrique ?

Yves Eonnet : En fait, ce n’est pas que l’Afrique. L’ensemble des banques dans le monde utilisent des technologies informatiques très anciennes. Il est impératif que les banques s’équipent de nouvelles technologies pour pouvoir améliorer leur efficacité et baisser leurs coûts.

Bachir Sylla : Comment votre groupe se positionne sur le continent africain pour offrir des services de meilleure qualité à vos partenaires et clients ?

Yves Eonnet : Nos clients sont des banques ; en général des banques de détail, des émetteurs de monnaie électroniques, des établissements de paiement, qui recherchent des plateformes informatiques pour faire métier. Donc, on leur livre tous les outils pour gérer leurs banques, pour gérer leurs services, c’est-à-dire la tenue de compte, le reporting réglementaire, les systèmes de transactions, tout ce qui comptabilité, tout ce qui est système de paiement, tout ce qui distribution de service. Ces nouveaux services, ces nouvelles infrastructures sont des caractéristiques très nouvelles. Par exemple, ce sont des infrastructures qui sont ouvertes, connectées à toute une série d’intervenant locaux, que ce soient des distributeurs de services, que ce soient des Finetechs ou tout autre partenaire de la banque qui va participer à la distribution de services financiers.

Bachir Sylla : Quels sont les partenariats que vous avez déjà noués en Afrique ?

Yves Eonnet : On a des partenariats dans une quinzaine de pays. On est en Mauritanie, on est bien sûr en Afrique de l’Ouest, on est au Burundi, etc. Aujourd’hui, on n’a pas de limite en termes de territoires.

Bachir Sylla : Vous êtes présent en Guinée ?

Yves Eonnet : En Guinée, on a différents prospects. On était très actifs avec la Société Générale qui a arrêté son service.

Bachir Sylla : En dehors des banques, est-ce que vous travaillez avec les sociétés de téléphonie mobile qui offrent également des services financiers ?

Yves Eonnet : Notre métier, c’est de s’occuper des banques. Les opérateurs de télécoms n’ont pas le même métier que les banques. Un opérateur de télécom, son métier c’est de distribuer des services télécoms avec le maximum de profit. La banque a une fonction beaucoup plus stratégique. Son métier c’est de mobiliser l’épargne locale pour financer les entreprises, pour faire des prêts et développer l’économie. Donc, nous on s’intéresse exclusivement aux banques.

Bachir Sylla : Le taux de bancarisation est très faible en Afrique. En quoi, votre action pourrait aider à relever ce taux ?

Yves Eonnet : La raison pour laquelle les banques africaines n’ont pas réussi à se déployer auprès de toute la population, c’est principalement une raison technologique. La technologie utilisée par les banques, qui nécessite d’avoir des agences, des caissiers, l’ensemble de ces gens-là, de ces coûts là rend impossible le déploiement des services financiers pour l’ensemble des populations. En fait, ce qu’on a fait, on a pris la banque occidentale classique et on l’a reprise en Afrique. Le monde a changé. Maintenant les banques doivent avoir des technologies beaucoup moins chères, plus efficaces. Oui, notre objectif c’est de travailler de façon très active dans l’inclusion financière, qui est indispensable dans le développement de l’Afrique.

Les réseaux sociaux comme Whatsapp sont des canaux que nous utilisons.  C’est un moyen que les banques peuvent utiliser. Avec nos plateformes, les banques peuvent utiliser Whatsapp.

Bachir Sylla : Est-ce que votre action porte aussi sur la sécurisation des transactions ?

Yves Eonnet : La sécurité est un sujet central. Quand on parle de transactions bancaires, on parle d’abord de sécurité. Et, évidemment, plus la technologie est avancée, plus le niveau de sécurité est élevé. La majorité des fraudes qui existent dans la banque sont des fraudes internes à la banque ; des gens qui ont accès aux données de la banque. Quand on travaille avec des plateformes telles que le Cloud, il y a une sécurité architecturale du simple fait que seul le client a accès au Cloud. Donc ça permet d’augmenter de façon considérable la sécurité globale du système bancaire.

Bachir Sylla : Qu’est-ce que vos plateformes peuvent apporter dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent ?

Yves Eonnet :Le blanchiment d’argent est assez complexe et très vaste. De façon globale, le blanchiment d’argent intervient quand on n’a pas une certitude sur l’identité du client. Les technologies informatiques, que ce soit la biométrie, que ce soient les systèmes mobiles permettent de considérablement améliorer la connaissance du client et son identité. Donc, les dernières technologies apportent énormément d’avantages à la lutte anti-blanchiment d’argent.

Bachir Sylla : Quelles sont vos perspectives, à court et à moyen terme en Afrique ?

Yves Eonnet :C’est très simple ! Aujourd’hui, je pense que tous les conseils d’administration de toutes les banques africaines se posent la question de savoir comment ils vont renter dans l’ère digitale. Ils ont fait des applications, ils utilisent les Smartphones, mais la réalité est qu’ils utilisent des systèmes informatiques très anciens. Notre objectif est de fournir à l’ensemble des banques les dernières technologies afin qu’elles puissent rentrer dans ce nouveau cycle technologique qui va leur apporter énormément de valeurs.

Bachir Sylla : Vous en avez les moyens ? De quelles ressources vous disposez pour mener à bien votre activité ?

Yves Eonnet : On est une Finetch, une société qui a été créée il y a quinze ans. On est financé maintenant par un investisseur qui a déjà mis 25 millions d’euros dans la société pour soutenir notre développement. On n’a aucun problème pour financer davantage si c’est nécessaire. Notre objectif c’est de devenir le leader mondial de la banque digitale en termes d’infrastructures informatiques. Et on aura les moyens pour soutenir cette ambition.

Bachir Sylla : Un message particulier si vous en avez un pour clore cet entretien ?

Yves Eonnet : J’ai un message très fort. Je pense que les banques ont un rôle essentiel dans l’économie africaine. Mais cette économie ne se développera pas si on ne va pas chercher l’épargne de tous les citoyens pour la mettre dans le système bancaire afin de gérer les prêts qui vont financer les entreprises et créer de l’emploi. Ce cercle vertueux, l’Afrique ne l’a pas encore fait. Et c’est la banque digitale qui va lui permettre de le faire.

Bachir Sylla : Je vous remercie, M. Yves Eonnet.

Yves Eonnet : Merci. Au revoir !

Propos recueillis par Bachir Sylla pour Guinee-eco.info

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