Une victime de mariage précoce se confie à Guinée Eco

(Guinée Eco)-C’est une histoire qui risque de servir de leçon à d’autres. Une jeune fille mariée à l’âge de 15 ans, dénonce des violences sur sa personne qui l’ont poussée à fuir de la Guinée pour se refugier au Sénégal. Sous l’anonymat, elle s’est confiée à un journaliste de Guinee-eco.info pour témoigner de ses souffrances.  

Notre interlocutrice porte une grossesse alors qu’elle n’a que 16 ans. Selon elle, ses parents l’ont forcée à épouser un homme âgé de 25 ans. « Mon père a décidé unilatéralement de me donner en mariage. C’est lui-même qui a choisi mon époux. J’ai dit non je ne l’aime pas. Il ne m’a pas écoutée. J’ai finalement accepté pour sauver le foyer de ma mère » nous a-t-elle confié dès l’entame de ses propos.

« Mais mon mari savait que je ne l’aime pas et donc il me battait à chaque fois. Je faisais la 8ème année, il m’a fait sortir de l’école sans explication. Je lui ai proposé de m’aider à ce que je fasse la couture, il a refusé toute activité éducative », ajoute la jeune fille.

 «  J’ai décidé de m’enfuir pour aller au Sénégal, affirme-t-elle. Là-bas les autorités m’ont emmenée au centre d’accueil pour mineurs. Elles m’ont demandé ce que je voulais, j’ai dit que je voulais rentrer en Guinée parce que j’avais appris que ma mère ne se portait pas bien. On m’a donc aidé dans ce sens ».

Mais jusque-là, avoue-t-elle, elle ne savait pas qu’elle avait déjà contracté une grossesse. « C’est quand je suis arrivé à Dakar qu’on m’a fait faire l’échographie et que je me suis rendu compte que j’étais enceinte de 3 mois alors que je n’ai que 16 ans », explique-t-elle.

« Mon mari ne sait pas où je suis et je ne veux qu’il le sache. Car le simple fait de le voir me fait mal. Je ne l’aime pas », insiste la jeune adolescente, qui vit actuellement une maison d’accueil à Kiroti, dans la commune de Ratoma. La mère qui l’accueille est l’une des cinq familles identifiées dans la région de Conakry par le ministère de l’action sociale pour prendre en charge des cas similaires.  

 A Dakar c’est l’association Hali poular qui s’est activée auprès des autorités sénégalaises pour le retour de la mariée précoce en Guinée. Une fois à Conakry, le ministère de l’action sociale et de l’enfance a contacté l’ONG F2DHG  pour l’accueillir. C’est finalement cette ONG que dirige la journaliste Moussa Yéro Bah qui a conduit la victime chez Tantie Pouponne, à Kitoti.

Quand elle évoque le cas de cette jeune fille, Mme Rouguiatou Sow qui travaille dans cette maison d’accueil peine à trouver les mots pour décrire les mauvais traitements infligée à la petite. « Quand je l’ai vue, en tant que mère, j’ai été frustrée. Cette fille est très calme. Elle n’a pas de problème mais elle est très traumatisée par ce mariage. Je crains même des complications, car elle est très petite pour affronter l’accouchement. Les parents doivent accepter de laisser leurs filles avoir au moins 18 ans avant de les donner en mariage », conseille-t-elle.

Le directeur national de l’enfance déclare qu’un processus est mis en marche sous l’instruction de la ministre de l’action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance, pour que la jeune fille reprenne les cours et qu’elle ait l’environnement qu’il faut. M. Konaté promet qu’elle obtiendra le soutien nécessaire  jusqu’à ce qu’elle ait la majorité révolue.

 L’histoire de cette fille sera évoquée lors d’une réunion des responsables concernées par le phénomène de mariage d’enfants dans l’espace CEDEAO, assure  M. Konaté. Ce dernier fait remarqué que le code de l’enfant promulgué le 30 décembre 2019, stipule en son article 321 que « tout mariage d’enfants mineurs bénéficiant de dispense d’âge qui n’a pas été célébré publiquement et devant l’officier d’état civil compétent est nul. Cette nullité peut être invoqué par les époux eux-mêmes, tous ceux qui y ont intérêt ou le ministère publique »

Mamoudou Boulléré Diallo pour Guinee-eco.info

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