PME et PMI : le Centre de Gestion Agréé (CGA) de Matoto inauguré

(Guinée Eco)-Le gouvernement guinéen, à travers le ministère du Budget, a inauguré ce mercredi 23 juin 2021 le Centre de gestion agréé de Matoto, troisième du genre à Conakry, après le centre pilote de Matam et celui de Ratoma. Ces structures réalisées avec l’appui de la Délégation de l’Union Européenne en Guinée visent à encourager le secteur informel guinéen à se formaliser.

La cérémonie inaugurale a été présidée par Tibou Kamara, ministre d’Etat, conseiller du Président de la République, également ministre de l’Industrie des PME, qui avait à ses côtés son collègue Ismaël Dioubaté du Budget et des représentants des ministères de l’économie et des finances, des Investissements privés, ainsi que la Délégation de l’Union Européenne et du secteur privé guinéen.

Dans son discours de bienvenue, le maire de Matoto s’est réjoui du choix de sa commune pour abriter ce troisième CGA de Conakry. Pour lui, l’initiative heureuse de mettre en place un tel système augure un grand espoir de voir l’amélioration des conditions d’épanouissement des opérateurs économiques évoluant dans la commune de Matoto.

« Il est incontestablement, un moyen favorable pour la mobilisation et la sécurisation des recettes fiscales, véritable levier du développement socioéconomique du pays », a-t-il indiqué, avant d’exhorter les opérateurs économiques évoluant dans l’informel éligibles à l’impôt synthétique et au régime d’imposition simplifié hésitants encore d’accepter d’aller au CGA pour être plus performants.

« Notre groupement d’intérêt économique, à l’instar des CGA de Matam et de Ratoma se fixe pour objectifs de regrouper les petits exploitants des PME évoluant dans le commerce, l’artisanat, l’agriculture, l’industrie et prestations de services, d’apporter une assistance technique aux adhérents en activité, de travailler à l’amélioration du climat de confiance entre les adhérents et leurs partenaires : fournisseurs, banques, administration fiscale », a déclaré Aboubacar Camara, Administrateur du CGA de Matoto.

Il estime qu’en atteignant cet objectif, son groupement aurait contribué à résoudre un paradoxe de l’économie guinéenne : celui d’avoir un secteur informel plus important que le secteur formel. « En atteignant cet objectif encore, on aurait contribué également…qui permettent d’atteindre une croissance économique et de réduire conséquemment l’extrême pauvreté dans notre pays », ajoute-t-il.

S’exprimant au nom du secteur privé guinéen, Mamadou Saliou Diallo, PDG du groupe Sonoco a conseillé les opérateurs du secteur informel guinéen d’accepter de se formaliser. Se basant sur sa propre expérience personnelle, cet ancien boulanger devenu un industriel de premier plan en Guinée, il explique avoir suivi les conseils de l’actuel premier ministre, alors ministre du budget, qui avait appelé les opérateurs du secteur informel guinéen à aller vers le formel.

M. Diallo a demandé aux agents des impôts de ne pas étouffer les opérateurs économiques qui acceptent de se formaliser. « Quand quelqu’un qui a accepté de se formaliser fait une erreur, il faut l’aider à corriger son erreur, l’accompagner…Moi, comme j’ai accepté de me formaliser, j’ai engagé des gens pour nous aider à ne pas faire d’erreurs », a-t-il souligné. Cependant, il estime que même les agents des impôts ne peuvent pas connaître toutes les lois fiscales.

Le chef de la Délégation de l’Union Européenne a rappelé que depuis 2015 son institution appuie la Guinée dans le cadre de la mobilisation de ses ressources internes, un domaine dans lequel le pays est sous performant. Il explique que cette mobilisation de ressources intérieures est pourtant une nécessité, étant donné que la Guinée n’a pas suffisamment accès au marché de capitaux.

M. Josep Coll a loué l’initiative du gouvernement guinéen de signer des contrats de performance avec les régies financières de l’Etat. Il estime toutefois que si la digitalisation va facilement automatiser le fonctionnement de l’administration fiscale, ce ne sera pas de facto un instrument de mobilisation de recettes supplémentaires.  Ce sera plutôt un outil de pilotage et de contrôle interne. Par ailleurs, il fait remarquer que les recettes minières dépendent de facteurs exogènes, notamment des cours mondiaux.

A très le Projet d’appui aux corps de contrôle de l’Administration fiscale (PACCAF), l’Union Européenne accompagne la Guinée dans l’instauration du Numéro d’identification fiscale permanent, la géo localisation des contribuables, leur prise en charge par les services fiscaux, les recouvrements et le contrôle interne.

Le ministre du Budget Ismaël Dioubaté a rappelé que les CGA ont été institué en 2017 par un décret du Président Alpha Condé. Ces structures d’accompagnement des PME et PMI guinéennes, dit-il, ont pour objectif de favoriser la bonne gestion des entreprises par la bonne tenue de comptabilité transparente et rigoureuse, favoriser l’accès au crédit, contribuer au développement des entreprises adhérentes, encourager le civisme fiscal et renforcer les compétences des dirigeants des PME et PMI.

Evoquant les avantages fiscaux y afférents, le ministre Diabaté a cité entre autres :-pour les CGA eux-mêmes, une réduction des droits d’enregistrement sur les statuts qui sont acuités au droit fixe de 100.000 GNF au lieu de 1% du capital, une exonération du versement forfaitaire  sur les salaires et la taxe d’apprentissage pendant les 3 premières années et une exonération totale de l’impôt sur les bénéfices pendant les 3 premières années également-pour les adhérents, les avantages sont : un abattement de l’impôt sur les bénéfices de 50% les premières années et de 25% à partir de la quatrième année, une exonération de patente au titre de la première année d’adhésion et les deux années suivantes, une exonération du montant de l’impôt minimum forfaitaire (IMF) sur les trois premières années, une exonération sur les salaires pendant les trois premières années.

Dans son discours, Tibou Kamara a indiqué qu’à l’image du ministère du Budget, le gouvernement guinéen est résolument engagé dans la transformation économique de la Guinée. C’est dans ce sens que s’inscrivent l’organisation et l’accompagnement soutenu des PME et PMI du pays. Selon lui, la formalisation est beaucoup plus une opportunité que de contrainte pour le secteur informel qui représente 70% de l’économie guinéenne et fournit 95% des emplois dans le pays.

« Il ne faut pas rester petit. Il faut chercher à grandir. Car ce sont les petits qui deviennent des grands. S’ils acceptent d’être accompagnés, on leur tient la main. Sinon ils resteront petits », estime Tibou Kamara, pour qui l’ambition du gouvernement, en particulier celle du Pr Alpha Condé est de créer des champions guinéens.

Bachir Sylla pour Guinee-eco.info

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