Microfinance: Jatropha joue dans la cour des grands

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Jatropha SA est une jeune institution guinéenne de la microfinance aux dents longues. Avec ses deux années d’existence sur le terrain, cette société anonyme dotée d’un conseil d’administration bouscule l’ordre établi par les anciens de ce secteur porteur de croissance en misant sur les jeunes et les femmes.

Le succès de cette institution de microfinance (IMF) est, en partie, à mettre à l’actif de son fondateur, Alpha Bacar Barry, un journaliste de formation qui s’est très tôt mué en entrepreneur avisé. «À mon retour en Guinée, après quelques années passées à l’International, plus précisément au sein du Système des Nations unies, une opératrice économique du nom deOumoul Kirami Bah et moi avons décidé de mettre en place une institution de microfinance destinée uniquement à financer les projets entrepreneuriaux des jeunes et des femmes», explique le PDG de Jatropha SA.

Seulement voilà, quelques mois après la création juridique de l’entreprise, en 2013, Oumoul Kirami décède. Alpha Bacar se sent alors dans l’obligation de réussir le pari qu’il s’est fixé avec sa défunte partenaire. «Aujourd’hui, je suis fier de dire que l’objectif de mettre en place une structure de cette taille, qui offre divers services et produits est atteint. Nous sommes présents dans les universités et dans quelques communes de Conakry. Nous offrons des services qui vont de l’octroi du crédit à la collecte d’épargne, en passant par le transfert d’argent», se réjouit-il.

«Avec quelques institutions onusiennes comme l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) nous faisons de l’intermédiation financière et avec le gouvernement nous avons co-développé le projet “Un étudiant, une tablette” qui permettra, à court et moyen termes, de doter chaque étudiant guinéen d’une tablette didactique dénommée “Sincery”», révèle le jeune entrepreneur.

Interrogé sur la place qu’occupe son institution dans le monde de la microfinance en Guinée et en Afrique, Alpha Bacar affirme sans détour : «Aujourd’hui, nous sommes fiers de dire que nous comptons pour l’une des rares IMF guinéennes à produire un bilan positif dans un secteur miné par plusieurs insuffisances, notamment par le manque de soutien et d’encadrement. Notre chiffre d’affaires dépassera certainement le million de dollars avec l’intégration du projet des tablettes dans nos états financiers. Et je suis d’autant plus fier de dire qu’à ce stade nous n’avons bénéficié d’aucun prêt bancaire, d’aucune assistance spécifique de quelque organe que ce soit. Ça a été le fruit de nouvelles orientations et du travail de qualité que les travailleurs de l’entreprise abattent.»

Une IMF pas comme les autres

«De par son orientation, Jatropha SA est la première institution de microfinance en Guinée et même à travers le monde (selon Peace Child International et Youth and Child Finance International) à être uniquement destinée à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes», estime Alpha Bacar Barry. «Nous avons choisi également le pari de la jeunesse et des NTIC. Notre système d’exploitation, nos produits et très bientôt même nos opérations seront d’une technologie sans pareille dans le secteur. Notre souci c’est d’offrir un service rapide et proche
du client que nous servons. Aussi, le fait que nous ayons choisi d’être présents dans les universités rend notre touche unique, car les étudiants n’avaient jamais vu autant d’attention vis-à-vis de leur éducation financière», ajoute-t-il.

Des difficultés et des réussites

Malgré l’optimisme affiché par le patron de Jatropha, il n’en demeure pas moins que son IMF
baigne dans des difficultés de toute sorte. Sur le plan structurel, il déplore que les taux d’emprunt dans les banques commerciales ne permettent pas à son institution de disposer de guichets pour financer son développement. Il fustige, par ailleurs, l’environnement des affaires et la faiblesse du système judiciaire guinéen qui, à ses yeux, ne prend pas souvent en compte les questions de délinquances financières. Il y ajoute les coûts élevés de la formation des agents et la mauvaise perception que les citoyens et les pouvoirs publics ont de la microfinance.

«Tout cela combiné et comparé à nos résultats me dit que nous avons fait des
miracles», déclare Alpha Bacar, qui se réjouit encore que son IMF ait pu exister et remplir un certain nombre d’exigences vis-à-vis de sa tutelle, la Banque centrale de la République de Guinée. «Être sollicité dans un projet gouvernemental qui va générer un flux financier de plus de 10 millions de dollars est un succès, quand on connait les capacités opérationnelles des IMF. Réussir à mobiliser une équipe qui tient le cap malgré toutes les difficultés, c’est aussi une autre réussite», conclut M. Barry.

Source : African Business Journal

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