Justice et religion : Les ennuis judiciaires du prédicateur Taïbou Bah

(Guineeco.info)-M. Taïbou Bah, plus connu sous le sobriquet Oustaz Taïbou est un prédicateur musulman très célèbre en Guinée. Seulement voilà, depuis quelque temps l’homme a des ennuis avec Thierno Nouhou Diallo, un cambiste, qui l’a trimbalé en justice, pour abus de confiance et escroquerie portant sur une somme de huit milliards de Francs guinéens. Pas moins !

Le procès de cette affaire, qui fait grand bruit dans la cité, a déjà commencé, cette semaine, au Tribunal de première instance de Mafanco, à Conakry. Hier jeudi, 23 mars, à l’occasion de la deuxième comparution d’Oustaz Taïbou et de son épouse, leur avocat a tenté en vain d’obtenir du Tribunal leur mise en liberté provisoire. Le couple a donc été retourné en prison à la Maison centrale de Conakry après une journée d’audience qui a vu se relayer à la barre le plaignant et les avocats des deux parties.

Sur les faits

Revenant sur les faits, le cambiste a indiqué que c’est dans la soirée du 6 juillet 2015 qu’Oustaz Taïbou l’a appelé au téléphone pour lui dire qu’il a besoin de lui à son domicile pour une affaire le concernant. Le connaissant pieux, il dit s’être rendu le même jour au domicile du prédicateur aux environs de 19 heures. Après les salamalecs, Oustaz Taïbou lui aurait ceci :

« Thierno Nouhou, jeune frère, j’ai appris que tu as beaucoup d’argent. En fait nous avons conclu un projet avec Thiangui pêche pour le commerce de poissons. Je compte entièrement sur toi pour la réalisation de ce projet. Pour l’argent, nous avons besoin de 50 000 dollars » a-t-il expliqué, avait de dire que c’est un ainsi qu’il lui a remis 15 000 dollars sans intérêts.  Il affirme que la seconde tranche devait être avec intérêts (une pratique qui s’apparente à l’usure, prohibée en islam).

Selon Thierno Nouhou, Oustaz Taïbou et sa femme Hafsatou Baldé n’ont, par la suite, pas voulu lui rendre son argent, qui s’est accumulé (avec les intérêts) pour atteindre la valeur huit milliards de francs guinéens. C’est ainsi que des personnes ressources ont été mises à contributions pour résoudre ce problème à l’amiable. Parmi elles, il cite le président de l’Association cambistes de Guinée. Une démarche qui n’a rien donné.

Toutefois, selon l’avocat de la partie civile, Me Alsény Aïssata Diallo, beaucoup de choses fondamentales ont été reconnues par le prévenu. Dès lors, il estime que le procès en cours pourrait déboucher sur une victoire de la partie civile. « C’est un monsieur (Ndlr : Thierno Nouhou Diallo) très honnête qui a même reconnu que d’autres montants ont été payés par les prévenus et cela n’a pas été contesté par ces derniers. Donc, notre client est de bonne foi et il n’a aucun intérêt de gonfler les montants’’ a fait observer l’avocat du cambiste.

De son côté, Me Moussa Diallo,  l’avocat de défense, dit avoir l’espoir pour ce procès sera juste et équitable. Pour cela, il souhaite que l’on n’en en fasse pas un procès focalisé sur l’argent mais sur les faits.  « Je suis resté assez perplexe par rapport même à la consistance du montant en jeu. A un moment donné j’insistais sur la nécessité de faire des rapprochements pour déterminer le vrai montant qu’on réclame à mes clients. Je pense que la détermination de ce montant-là est d’une importance capitale pour ce qui serait des intérêts », a souligné l’avocat du couple Bah.

Pour lui, pour qu’on parle d’infraction d’escroquerie, il faut une remise. Or, soutient Me Diallo, les intérêts générés par l’activité de dame Hafsatou Baldé ne sont pas d’une remise de Thierno Nouhou Diallo. « C’est une affaire purement commerciale », martèle l’avocat de la défense dont la demande de la mise en liberté des clients n’a pas été obtenue du tribunal. L’audience du TPI a été suspendue pour être reprise le lundi, 27 mars prochain, avec la comparution des témoins.

Des enregistrements compromettants

A l’allure où vont les choses, Oustaz Taïbou pourrait difficilement se tirer d’affaire dans ce dossier que son poursuivant voulait voir réglé à l’amiable. Comme l’atteste des enregistrements sonores d’une conversation téléphonique entre le cambiste, Nouhou Diallo et Oustaz Taïbou que Guineeco.info a écoutés. Dans ces enregistrements, qui ne souffrent d’aucune altération, on entend le prédicateur dire clairement à son créancier qu’il a mal fait d’ébruiter cette affaire et que conséquemment il risque de perdre tout son argent. Se disant juriste, il argue que le minimum que l’avocat de Nouhou Barry puisse lui demander comme honoraires pour sa prestation sera de l’ordre de 80 millions de francs guinéens soit 1% des 8 milliards qu’il doit au cambiste.

Tafsir Bah

 

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