Harry Snoek, chef de la mission guinéenne du Fmi : « Avec le point d’achèvement, ça ne voudrait pas dire que la Guinée a atteint le Nirvana »

M. Harry Snoek fait office à la fois de Directeur-adjoint du Département Afrique du Fonds monétaire international et Chef de la Mission guinéenne du FMI. Le 20 avril 2012, il a bien voulu nous recevoir à son Bureau de Washington, pour justement parler des relations entre son institution et la Guinée. C’était à l’occasion des réunions de printemps du FMI et de la Banque Mondiale. Notre entretien exclusif

La République : M. Harry Snoek, que représentent les réunions de printemps du FMI et de la Banque Mondiale pour un pays comme la Guinée ?

Harry Snoek : Les réunions de printemps du FMI et de la Banque Mondiale sont des occasions pour discuter des différentes politiques nationales et internationales du Fonds et de la Banque, des différentes politiques du monde. On profite de cette opportunité pour avoir aussi pour avoir des réunions bilatérales avec les différents membres. A cet titre, nous venons d’avoir des réunions avec la délégation guinéenne, qui a par ailleurs rencontré la Directrice du Département Afrique (Ndlr : Mme Antoinette Sayeh) et nous espérons que cette délégation va rencontrer la Direction Générale du Fonds monétaire.

Avec vous, particulièrement, de quoi il a été question lors de votre rencontre avec la délégation guinéenne ?

On a discuté de deux choses. D’abord, la délégation nous a mis à jour sur la situation économique, les différentes actions qui ont été mises en �uvre, celles qui sont en train d’être préparées dans le cadre du Programme de Facilité élargie de crédit que nous avons avec la Guinée. Deuxièmement, nous avons parlé un peu du calendrier du travail qui doit être fait aussi, bien sûr, pour l’atteinte du point d’achèvement. Nous espérons aller à Conakry d’ici deux semaines, pour une visite de courte durée. Ce sera, simplement, pour discuter un peu plus en détails avec le gouvernement des différents développements. Ce sera une mission un peu informelle. Une revue plus formelle du programme aura lieu vers Juillet-Août, où on va revoir les développements du premier semestre 2012 et, si tout va bien, on va préparer la documentation pour le point d’achèvement qui, nous espérons, peut-être discuté et approuvé par les conseils d’administration de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international plus tôt dans l’année.

Où en est justement la Guinée dans la mise en �uvre des déclencheurs pour l’atteinte du point d’achèvement ?

On va avoir les détails dans deux semaines. Mais nous avons compris de la délégation guinéenne mais aussi de nos collègues de la Banque Mondiale, qui sont aussi étroitement engagés dans ce domaine, que presque tout a été fait. Il ne reste que la finalisation de la mise à jour de la base de données sur la pauvreté, qui est aussi presque terminée, avec l’assistance technique de la Banque Mondiale, du PNUD (Ndlr : Programme des nations-unies pour le développement) et d’autres.

La Guinée s’est engagée auprès du FMI et de la Banque Mondiale de réajuster le prix des produits pétroliers à partir du premier juillet prochain�Si cette augmentation suscitait des troubles sociaux, le FMI pourrait-il revoir sa copie ?
Je crois qu’il faut bien lire le document. D’ailleurs la documentation du programme FEC est disponible sur notre site web. Tout le moment y a accès. Cela, le gouvernement ne s’est pas engagé d’augmenter les prix des produits pétroliers. Il s’est engagé dans un système dans lequel la perte de recettes, de taxes, sera évité. C’est un système dans lequel, les prix vont être ajustés automatiquement, qui est d’ailleurs, selon la loi de la Guinée, en vigueur depuis 2006, mais qui n’a pas toujours été appliquée.

Bien que le carburant soit important pour un pays, c’est un prix comme les autres. Il ne y a pas seulement un prix national, il y a aussi un prix mondial. Donc, s’il y a déviation, il y a toujours des gammes de ce fait qui vont à l’encontre du développement de la Guinée. Certes, s’il y a l’augmentation, ça fait mal. On comprend. Ça fait mal aussi aux Etats-Unis, où on discute là-dessus. Ça fait mal aussi à l’Europe où on en discute. Mais, à la fin, il faut ajuster. Si un produit devient de plus en plus cher, il faut s’adapter. Ceci est aussi important pour la Guinée.

L’année passée, nous avons vu que pendant la période où il n’y a pas eu réajustement : premièrement, le gouvernement a perdu de l’argent; donc il y a moins de disponibilité d’argent pour les écoles, les hôpitaux et pour les salaires des fonctionnaires. Deuxièmement, ce que nous avons constaté en Guinée, c’est que tout à coup les importations de carburant ont augmenté sensiblement. Ce n’était pas que la Guinée a utilisé plus que d’habitude, mais parce que ça fuyait vers les pays voisins. Au bout du compte, c’est la Guinée qui donne des subventions autres pays dans la région, c’est Guinée qui doit payer les devises. Ça, c’est une gamme des effets que l’on doit éviter.

Quelle lecture faites-vous du nouveau code minier guinéen. Pourra-t-il, selon vous, aider à mieux revaloriser les ressources du pays ?

Je crois que la révision du code minier guinéen, qui a eu lieu en 2011, a été une mesure très importante pour la Guinée. Comme il a été plusieurs fois expliqué par les autorités guinéennes, notamment par le Président de la République, il est important que la Guinée puisse bénéficier davantage de toutes ses richesses. Le Code est une première étape. Maintenant, il faut une réglementation de la mise en oeuvre.

D’ailleurs, le Fonds monétaire est en train de donner une assistance technique là-dessus, en collaboration avec d’autres bailleurs de fonds. Nous estimons que du côté du gouvernement. L’objectif est de le faire le plus rapide que possible pour que, dès cette année, on puisse discuter avec les compagnies minières, à s’assurer que le Code minier est compétitif, aussi compétitif que celui des autres pays dans la région, pour commencer les investissements.

Le FMI semble être séduit par ce code qui n’a pourtant pas été certifié. Qu’est-ce qui explique cela ?

Il n’y a pas à certifier ce code de la part du FMI ou des autres. C’est une loi de la Guinée ; ce n’est que la Guinée qui doit certifier son code. Par contre, il y a eu une mission de notre département des affaires fiscales, qui a aussi inclus un expert dans le domaine, qui a examiné le code. La conclusion a été que ce code est largement meilleur à celui qui existait. Il est aussi à l’image de ce que doit être un code minier dans le monde d’aujourd’hui, bien qu’il y ait encore des éléments à préciser, à clarifier. Il faut vraiment une réglementation de la mise en �uvre, la réglementation d’implémentation.

Quel est le conseil que le FMI a donné au gouvernement guinéen pour l’utilisation des 700 millions de dollars que la Guinée a obtenu l’année dernière avec Rio Tinto ?

Le conseil que nous avons donné dès le début est que ces 700 millions sont des ressources exceptionnelles, qui ne tombent pas chaque année. Pour de telles recettes, il faut être très prudent dans leur utilisation� Si, par exemple, on achète des groupes électrogènes, ce qui est une bonne chose, parce qu’il y a manque d’électricité en Guinée, mais il faudrait aussi s’assurer que, dès que les groupes seront installés, le gouvernement, l’EDG, le pays peut payer le carburant pour les faire tourner. Si on ne le peut pas, ça veut dire qu’il y a un problème de soutenabilité, comme on dit en langage économique, c’est-à-dire qu’on fait de bons investissements, mais on n’a pas tenu compte des coûts qui vont continuer dans le futur.

Donc, pour l’utilisation des 700 millions, nous avons conseillé au gouvernement des coûts à venir quand ils seront investis. Heureusement, on n’a aucune divergence de point de vue avec le gouvernement là-dessus. Et c’est cette optique aussi que le gouvernement a créé un fonds spécial d’investissement, récemment, pour s’assurer qu’une bonne partie de cet argent sera utilisé d’une façon durable et soutenable dans le futur.

Vous avez sans doute un message particulier à l’endroit de nos lecteurs dont certains ne voient pas toujours le FMI d’un bon œil…

Le FMI est toujours accusé. Je pense qu’il faut voir le Fonds monétaire comme un dentiste. Personne n’aime y aller, on résiste. A un certain moment, les dents commencent à faire mal, les coûts pour y remédier deviennent élevés, le mal que le dentiste doit faire devient aussi plus élevé qu’avant. Donc, il vaut mieux commencer à prendre des mesures au moment où les problèmes ne sont pas trop grands. Très souvent le Fonds monétaire est appelé dans une situation où il faut dépenser moins. Et ça fait toujours mal. C’est pour cela qu’on pense que le Fonds monétaire ne fait qu’ennuyer les gens. Ça, ce n’est pas notre rôle.

Maintenant, au fur et à mesure que la Guinée, par exemple, sort de la crise immédiate, le dialogue aussi de plus en plus fécond pour voir qu’est-ce qu’on doit faire pour ne plus retomber dans la même situation. Je sais, par ailleurs, qu’en Guinée, tout le monde attend le point d’achèvement. Ce point d’achèvement est très important. Nous espérons que la Guinée va l’atteindre cette année-ci. Mais ce n’est la fin. Ça ne voudrait pas dire que la Guinée a atteint le Nirvana avec le point d’achèvement. Il reste beaucoup à faire et il est très important des continuer des bonnes politiques macro-économiques et financières dans le futur

Propos recueillis à Washington Par Bachir Sylla

Envoyé spécial du Journal La République

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