Guinée : La bataille du fer fait rage…

La polémique qui agite le secteur du fer en Guinée, ces dernières années, a atteint son paroxysme au mois d’avril dernier avec la décision du gouvernement guinéen de retirer les titres miniers et de résilier la convention détenue par le consortium VBG (appartenant à l’entreprise minière brésilienne Vale) sur les gisements de Simandou (Blocs 1 et 2) et de Zogota, dans le sud-est du pays.

Cette décision a été tout sauf une surprise, tant les inimitiés entre le président guinéen Alpha Condé et le patron de la BSGR Benny Steinmetz, sont de notoriété publique. Depuis son accession au pouvoir en Guinée, en 2010, Alpha Condé n’a cessé de pourfendre le milliardaire franco-israélien, qu’il accuse à chacune de ses sorties médiatiques sur les mines d’avoir spéculé sur le dos de la Guinée en cédant une bonne partie de sa concession sur le Simandou au groupe brésilien Vale pour deux milliards et demi de dollars US.

Pour rétablir la Guinée dans ses droits sur cette transaction, mais pas seulement, le chef de l’Etat guinéen a attendu que son pays se dote laborieusement d’un nouveau Code minier et que le Comité technique de revue des titres et conventions miniers institué pour renforcer la transparence dans la gestion du secteur fasse son travail de toilettage. C’est justement cette structure étatique, appuyée par des experts internationaux, qui a recommandé aux autorités guinéennes de sévir contre VBG pour « corruption ».

Il n’en fallait pas plus pour provoquer le courroux de Benny Steinmetz, qui a aussitôt porté plainte contre Alpha Condé et le gouvernement guinéen auprès du Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi).

Rio Tinto aux aguets

A peine la décision du gouvernement guinéen contre VBG rendue publique, Rio Tinto a déposé une plainte devant la Cour de district des Etats-Unis pour le district sud de New York, visant Vale SA, Benny Steinmetz, BSG Ressources Limited, BSG Ressources (Guinée), Fréderic Cilins, Michael Noy, Avraham Lev Ran, Mamadie Touré (ex-épouse du défunt président Lansana Conté) et Mahmoud Thiam (ancien ministre guinéen des Mines et de la Géologie), tous accusés d’avoir dépossédé le groupe anglo-australien de la moitié de sa concession sur le Simandou obtenue du gouvernement guinéen en 2003.

Il était question alors pour Rio Tinto de développer un projet d’exploitation des minerais de fer de la zone dont les réserves sont estimées à cinq milliards de tonnes, soit un peu plus de la moitié des réserves totales du pays (environ 9 milliards de tonnes). A travers sa plainte, Rio Tinto, qui ne détient plus que les blocs 3 et 4 de Simandou, depuis que le gouvernement guinéen a attribué l’autre moitié à BSGR, en 2008, a demandé des dommages et intérêts compensatoires dont la valeur n’a pas été fixée.

Le casse-tête du Transguinéen

L’autre duel entre le consortium Vale-BSGR et le groupe Rio Tinto concerne le combat pour la réalisation du Transguinéen. En 2011, contre toute attente, le gouvernement guinéen avait retiré le marché de la construction de cette ligne de chemin de fer devant permettre l’évacuation du minerai de fer du Simandou pour le confier à Rio Tinto. Pourtant, Alpha Condé avait auparavant présidé, aux côtés de l’ancien président brésilien Lula Da Silva, à la cérémonie de pose de la première pierre du projet de construction de la voie ferrée Conakry-Kankan que Vale devait exécuter. Le président guinéen s’était rétracté quelques mois plus tard, s’estimant trahi par ses cadres alors que toutes les études de faisabilité pour ce projet n’étaient pas encore effectuées.

Les remparts chinois

En 2012, craignant d’être évincée par China International Fund que l’on disait en négociation avancée avec le gouvernement guinéen, Rio Tinto cède la moitié de son gisement à Aluminium Corporation of China tout en y associant la SFI, la branche financière de la Banque mondiale. Le gouvernement guinéen, à son tour, face à son incapacité de débloquer quelque huit milliards de dollars, représentant sa part dans la construction des infrastructures, en cède 40% à la société AIOG associée avec China Rail Engineering Corporation et China Railways and Machinery Corporation. Comme quoi, les Chinois constituent de véritables remparts dans la mise en oeuvre des projets d’exploitation des mines de fer de Simandou.

Source: African Business Journal

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