Guinée : journée de manif sanglante contre un 3e mandat pour Alpha Condé

(Guinée Eco)-La journée de mobilisation contre le projet de changement constitutionnel devant permettre au président Alpha Condé de s’offrir un troisième mandant à la tête de la Guinée aura été largement suivie ce lundi 14 octobre 2019 à Conakry et certaines villes de l’intérieur du pays, où les activités étaient paralysées.  A la mi-journée, les organisateurs faisaient état d’un mort  à Conakry et d’une vingtaine de blessés par balles à travers tout le pays, principalement à Mamou.

L’arrestation, il y a 48 heures, de plusieurs dirigeants du FNDC,  dont Abdourahamane Sano, le coordinateur de cette plateforme regroupant des acteurs politiques, syndicaux et de la société civile à l’avant-garde du combat contre un troisième mandat pour l’actuel locataire de Sékhoutouréya n’aura pas suffit pour entamer la détermination des opposants au régime en place. Le confinement de leaders de l’opposition (notamment Cellou Dalein Diallo de l’UFDG et Sidya Touré de l’UFR), à leurs domiciles respectifs, non plus.

La veille déjà, le chef de file de l’opposition guinéenne et l’ancien Haut représentant du chef de l’Etat avaient posté des vidéos sur les réseaux sociaux pour appeler leurs militants et sympathisants à se mobiliser massivement ce 14 octobre pour prouver leur engagement à barrer la route au projet de modification de la constitution guinéenne. Au cours de la dernière assemblée générale ordinaire de son parti, le week-end dernier, Cellou Dalein Diallo, appelait ses militants à poursuivre le combat même s’ils apprenaient que leurs leaders sont « arrêtés ou tués ».

Malgré les assurances des forces de défense et de sécurité et un syndicat de transporteurs, les principaux axes routiers de Conakry étaient déserts dans la matinée de ce lundi. Magasins, boutiques, stations services et autres banques étaient fermés dans la banlieue de Conakry. Tous craignant à juste titre d’éventuels cas de violence qui surviennent assez souvent lors des manifestations de rue en Guinée.

Dans sa déclaration appelant à une série de manifestions à partir de ce 14 octobre le FNDC avait déjà demandé aux opérateurs économiques et aux sociétés évoluant en Guinée de s’abstenir momentanément de toute activité. Un appel dénoncé par la mouvance présidentielle, qui y voit une manœuvre visant à déstabiliser le pays et à semer la psychose chez les citoyens.

A en croire certains médias locaux, le mot d’ordre du FNDC a été observé à la lettre à Dubréka, à Labé et à Télimélé où les opposants à un troisième mandant pour Alpha Condé ont donné de la voix, malgré une présence policière impressionnante. Des échauffourées ont été enregistrées à Conakry entre les forces de l’ordre et des manifestants dans les quartiers chauds de la capitale.

A Gnariwada, à Hamdallaye, le campement du PA a été mis à sac, un camion des forces de sécurité renversé à Wanindara et un poste de gendarmerie incendié à Sonfonia où un jeune collégien de 16 ans a été tué par balle selon des sources concordantes.

De son domicile où il a été confiné toute la matinée de ce lundi, Cellou Dalein Diallo s’est félicité du niveau de suivi du mot d’ordre lancé par le FNDC. Il a exhorté ses militants et sympathisants à rester mobilisés jusqu’à satisfaction entière des revendications des membres du Front.

Il s’agit selon lui de l’obtention d’un engagement ferme et irrévocable du président Alpha Condé de renoncer à son projet de troisième mandat, l’arrêt du processus électoral en cours qu’il qualifie de mascarade pour respecter les délais légaux dans l’organisation des législatives et l’installation des conseils de quartiers et de districts devant parachever les communales de février 2018.

Le Gouvernement et la mouvance présidentielle céderont-t-ils devant la pression ou vont-t-ils tenir au FNDC dont le mot d’ordre se poursuit ? Rien n’est moins sûr !

Bachir Sylla pour Guinée Eco

Leave A Reply

Your email address will not be published.