Guinée : Difficile flexibilité des prix du pétrole

Le Gouvernement guinéen s’est fait tordre le bras pour concéder à une baisse du prix du litre du carburant à la pompe. Acculé par les syndicats et les associations de consommateurs, il a dû se plier face aux menaces de grèves illimitées que brandissent ceux-ci, pour revoir légèrement les prix à la baisse, deux fois de suite, dans l’intervalle d’un mois.

La première baisse, de dix pour cent sur le prix du litre, est passée, début février, de 10.000 à 9.000 GNF (environ 750 F CFA). La seconde, dans les mêmes proportions et à la fin du même mois, est tombée à 8.000 GNF (environ 667 F CFA) le litre. Ce qui ne semble pas encore satisfaire les Guinéens durement ébranlés par la crise sanitaire Ebola.

L’une et l’autre n’ont pas eu l’effet escompté. Les syndicats ont aussitôt exigé que l’Etat fasse une diminution plus importante, qui serait proportionnelle au pourcentage de la baisse du prix du baril de pétrole sur le marché international. Cette exigence tient en effet compte de l’esprit de l’accord tripartie (Etat guinéen-Syndicats et Patronat) instituant la flexibilité des prix du pétrole en Guinée.

Or, depuis la conclusion dudit accord, les prix n’ont connu qu’une tendance à la hausse. Du moins jusqu’au moment où les cours du pétrole ont commencé à dégringoler en fin de l’année dernière pour se placer sous la barre de 50 dollars le baril sur le marché mondial.
Face à cette nouvelle donne, bien des pays de la sous-région ouest-africaine ont été prompts à réajuster les prix du carburant. Tout le contraire de la Guinée, qui a traîné le pas pour entrer dans la danse. Mais pas seulement. Elle a aussi lésiné sur les moyens, au point de se faire taper sur les doigts.

Avec la première baisse, le gouvernement avait pris de cours ses partenaires sociaux. Mis devant le fait accomplis, les syndicats ont menacé d’appeler à des manifestions de rue contre la mesure gouvernementale. Ce qui a contraint les autorités à revoir leur copie et concéder une nouvelle baisse. Curieusement, même celle-ci n’aura pas suffi pour contenter les syndicats, dont certains exigent que le litre soit vendu à 6.000 GNF (environ 500 F CFA). Sans quoi, trois centrales syndicales appellent à la cessation du travail les 9 et 10 mars.

L’opposition guinéenne, elle aussi, a dénoncé la main lourde du pouvoir qu’elle accuse de se soucier très peu des conditions de vie de leur compatriote. Un député de la mouvance présidentielle guinéenne a estimé que l’opposition est bien dans son rôle légitime de critiquer les actions du gouvernement. Il affirme cependant que le pouvoir est sous le poids des contraintes liées à la gestion du pays, qui fait face à des baisses tous azimuts des recettes, à cause de la persistance de l’épidémie Ebola.

Le poids des subventions

Les autorités guinéennes ont souvent mis en avant le poids que représentent les subventions au carburant sur le budget de l’Etat- près de deux milliards de francs guinéens (environ 167 millions de CFA)-rien qu’entre 2011 et 2014- pour justifier le maintien des prix à leur niveau d’avant-baisse sans pour autant donner des détails techniques (taxe, transport interne, fret,…). Elles sont encouragées à cela par des recommandations d’institutions financières internationales comme le Fonds Monétaire International, qui militent en faveur d’une suppression pure et simple des subventions au carburant, trop souvent constatées en Afrique subsaharienne.

Selon une récente étude du FMI, les subventions énergétiques continuent d’absorber une grande part des maigres ressources publiques de cette partie du continent noir. Les auteurs de l’étude estiment que, bien que ne profitant pas à toutes les couches sociales d’un pays, les principaux bénéficiaires de ces subventions sont les classes aisées. Ils avouent cependant que la suppression des subventions au carburant est difficile à mettre en oeuvre en Afrique. Car, il faut au préalable arriver à convaincre la population que «les avantages qu’elle peut tirer du déploiement des dépenses publiques dépasseront les pertes issues de la suppression des subventions».

Ebola et conjoncture

Par ces temps de crise sanitaire liée à l’épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola qui frappe la Guinée de plein fouet, et qui a négativement impacté l’économique du pays, le gouvernement et les syndicats ont joué sur des registres différents durant les négociations. Chacun, pour convaincre, a tiré sur la fibre sensible pour influencer la partie adverse.

Dans ce bras de fer, les Guinéens ne savent plus trop quelle satisfaction espérer. Car au bien-fondé de la nécessité pour le gouvernement de préserver les acquis relatifs aux équilibres macro-économique du pays, s’oppose la légitime nécessité pour les syndicalistes de chercher à améliorer les conditions de vie des travailleurs guinéens. On sait d’ordinaire que la plupart des prix de denrées alimentaires connaissent des fluctuations en fonction du prix du carburant à la pompe.


NB : à la date du 3 mars 2015, le taux
officiel de change était de 1 F CFA
contre 12, 4.397 GNF.

Source: African Business Journal

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