Cyber sécurité : l’OGC organise un colloque sur la désinformation dans les médias et les réseaux sociaux…

(Guinée Eco)-Pour sa toute première activité sur le terrain depuis son lancement le 29 janvier 2020, l’Observatoire guinéen sur la cyber sécurité(OGC) a organisé, le samedi 15 février dernier, dans un réceptif hôtel de Conakry, un colloque sur la lutte contre la désinformation dans les médias et les réseaux sociaux en période électorale.

L’objectif étant de sensibiliser les hommes de médias sur les enjeux de la Loi guinéenne sur la loi sur la cyber sécurité qui a souvent été brandie contre des journalistes sur lesquels devrait s’appliquer la loi sur la presse.  Au nombre des thèmes débattus au cours de ce colloque, il y a « la liberté d’expression, la liberté de la presse et leur limite à l’ère de la technologie de l’information et de la communication », « la répression des délits de presse en Guinée » et « la responsabilité des journalistes dans la préservation de la paix et l’unité nationale.

Dans son mot introductif, M. Nouha Traoré, le Directeur exécutif de l’OGC a tenu à rappeler la place prépondérante qu’occupent les Technologies de l’info et de la communication dans la vie des Etats, des entreprises, des organisations de la société civile et des individus. « Elles ont changé les modes de penser et d’agir de l’humanité entière », a-t-il souligné, avant d’ajouter qu’aucune nation ne peut prétendre de nos jours à un développement socioéconomique sans s’intégrer dans la société de l’information et de la communication.

Les TICs comme menaces

« Cependant, les Tic engendrent des nouvelles menaces qui peuvent avoir de graves conséquences sur le plan politiques, économique, social et culturel. Aussi, elles constituent une menace pour la paix et la sécurité des Etats, de la région et de la planète entière », a-t-il fait remarquer.  Evoquant les menaces qui visent les Etats et les entreprises, il a mentionné le cyber espionnage industriel et commercial, le vol de données et les cyber-attaques.

Pour ce qui est des menaces contre les individus, il a souligné la cyberdépendance ou l’hyper connexion des certains internautes, la diffusion des contenus choquants, la cyber-violence, le cyber-harcèlement, le vol de données personnelles, l’usurpation d’identité et la désinformation numérique, entre autres.

En lient avec le premier thème du colloque, M. Nouha Traoré a estimé que « ce qui n’est pas possible dans la rue ne devrait pas l’être sur les réseaux sociaux », arguant que les limites de la liberté d’expression et de la presse se rapportent notamment au respect de la dignité de la personne humaine, de l’ordre public et de l’intégrité du territoire national.

L’ex bâtonnier de l’autre des avocats de Guinée, Me Mohamed Traoré, un des animateurs de ce colloque s’est exprimé sur les notions de vie privée, de secret défense et d’ordre public pour le respect desquelles on invite souvent les hommes de médias. Mais pour lui, l’ordre public est une notion floue, sans contenu fixe, extensible à l’infini, dont se servent les régimes répressifs pour étouffer les libertés publiques.

Dépénalisation partielle des délits de presse

Me Traoré a par ailleurs entretenu les participants sur le thème relatif à la répression des délits de presse en Guinée. Il est longuement revenu sur l’article 98 de la loi L002 portant liberté de la presse qui détermine les moyens par lesquels on peut commettre les délits de presse, au nombre desquels il a cité les délits de provocation et d’apologie, les délits d’offense contre l’autorité publique (Chef de l’Etat, Chefs d’Etat étrangers, ambassadeurs et ministres accrédités en Guinée.

Selon l’ex bâtonnier, il y a une certaine tolérance en Guinée en ce qui concerne la répression des offenses au chef de l’Etat, dont les caricatures sont légions dans la presse locale et sur les réseaux sociaux. Il a fait remarquer, qu’en France, le délit d’offense au chef de l’Etat n’existe pas, parce que le Président de la République française est un acteur politique comme tout autre.

Me Traoré souligne par ailleurs que les atteintes à la pudeur, les diffamations et les injures sont réprimées en Guinée même si leurs auteurs s’abritent derrière des titres interrogatifs ou utilisent le conditionnel. Il a fait remarquer que la dépénalisation des délits de presse n’est que partielle en Guinée. Car en plus des peines d’amende qui peuvent être infligées à un journaliste, l’article 99 de la Loi sur la presse en son alinéa 2 prévoit de peines privatives de liberté.

Haro sur le chevauchement de lois et les brebis galeuses de la presse

Egalement présent à la rencontre, le juriste Mamady III Kaba a soulevé la lancinante question de chevauchement des lois applicables sur les mêmes délits. C’est le cas de la loi sur la presse et celle sur la cyber sécurité invoquées contre des journalistes et leurs invités dans des émissions de radios ou de télévision.

L’exposé sur le thème relatif à la responsabilité du journaliste a suscité de vives controverses. Certains journalistes n’ayant pas apprécié que l’on considère leur métier comme une foire où on entre et on sort comme un veut. Certes, il y a des brebis galeuses dans la corporation, mais les médias guinéens regorgent d’hommes et de femmes de valeurs, travaillant en toute responsabilité.

Bachir Sylla pour Guinee-eco.info

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