BAD: les échos du débat sur les défis et les opportunités au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad

(Guinéeco.info)-Sous la présidence de l’ancien premier ministre burkinabé, Tertius Zongo, un panel de haut niveau s’est penché, le vendredi 09 février, sur la problématique de la réduction de la vulnérabilité au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad. C’était à l’occasion de la deuxième édition du Forum africain pour la résilience organisée, la semaine dernière, à Abidjan, par la Banque africaine de développement. Les intervenants à la rencontre ont souligné les défis et les opportunités des deux régions concernées.

Pour Mahaman Salissou Elhadj Adam, Directeur de la Prospective du Niger, les principaux  défis rencontrés dans le Sahel et le bassin du Lac Tchad tournent au tour du manque de services sociaux de base : eau, électricité et transport, des problèmes liés à l’éducation, au changement climatique et à la sécurité alimentaire. Il estime cependant que les opportunités ne manquent pas dans cette partie du continent africain. Entre autres, il mentionne l’engagement des dirigeants politiques à améliorer le bien-être des populations à l’heure de la démocratie, l’adhésion des partenaires techniques et financiers à la résilience et la jeunesse des populations de cette zone.

Mme Juana de Catheu, chargée d Partenariats et Suivi du Fond Paix et Résilience de l’AFD (Agence française de développement) a expliqué l’approche de son institution qui, dit-elle, est axée sur les populations vulnérables, en prenant en compte l’aspect sécuritaire. Selon elle, l’AFD allie les trois D (Diplomatie-Défense et Développement). Mais Mme Catheu a été contrariée par une virulente réaction  de l’industriel malien Mossadeck Baly, PDG de Azalaï Hotel pour qui « ce qui se passe actuellement au Sahel est de la responsabilité de la France ». Il cite nommément l’ancien président français, Nicolas Sarkozy et ses alliés occidentaux qui ont fait assassiner l’ancien guide libyen Mouhammar Kadhaffi, plongeant ainsi la Libye dans le chaos. « La Libye, c’est comme si on prenait l’Afghanistan et on mettait à la place de l’Espace, à côté de la France », compare-t-il, sans doute en faisant allusion au Mali qui paie le lourd tribut de la chute de l’ancien homme fort de Tripoli.

Le chef de mission du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Christian Munezero, basé à Ouagadougou révèle que son institution a investi pas moins de 100 millions de dollars pour ses interventions au Sahel. Il fait remarquer que les risques sécuritaires élevés dans cette zone pénalisent fortement les acteurs de développement et les populations locales. Revenant sur les 150 ans d’existence de son organisation, il explique que le CICR a été sur le théâtre de tous les grands conflits des deux derniers siècles. « Partout, on s’efforce à aider les populations à rester en vie aussi longtemps que dure une guerre », affirme-t-il, avant de rappeler que les crises sécuritaires impliquent toujours des crises humanitaires. Et pour lui, les solutions aux crises sécuritaires sont politiques. Ayant vécu une année à Kidal, dans le Nord Mali, M. Christian Munezero témoigne que les populations locales font preuve d’une résilience exceptionnelle. « Malgré tout, elles ont besoin de notre aide », assure-t-il.

De son côté, Mme Fatoumata Maïga, Fondatrice et Présidente de l’Association des Femmes pour les Initiatives de paix, s’est focalisée sur les réalités de son pays, le Mali, et de ses pays limitrophes, qui ne sont pas tous stables et où le chômage des jeunes sortis des grandes écoles est élevé. Elle déplore l’Absence de l’Etat (écoles, hôpitaux, commissariats de police) dans le Nord de son pays. Depuis 2012, explique-t-elle, tout a été détruit : marchés, banques etc. D’où la précarité dans cette zone devenue domaine de prédilection des groupes armés. Pour elle, le manque de perspective pour la jeunesse du Sahel fait l’affaire des groupes terroristes dans leurs rangs. Mme Maïga dénonce par ailleurs, la présence des forces étrangères dans son pays. Malgré ce tableau sombre qu’elle a dressé, elle a cependant fait cas de nombreuses opportunités dans son pays. Elle souligne, entre autres, la forte capacité de résilience des jeunes et des femmes du Mali, un sous-sol riche, un taux d’alphabétisation élevé et un accord de paix inter-malien qui fait son chemin.

Bachir Sylla de retour d’Abidjan

Leave A Reply

Your email address will not be published.