Attention ! Ce n’est pas à la Covid-19 de s’adapter au calendrier politique (par Mamoudou Boulléré Diallo)

(Guinée Eco)-Chers dirigeants, la santé reste la priorité de tous. A aucun moment on doit l’oublier.  Vous nous le rappelez à chaque instant de vos discours. Mais, à observer la situation pandémique et sa gestion en Guinée on a le droit de se poser des questions.

Au début du mois de mars dernier, notre gouvernement opposait un refus catégorique à la demande incessante d’une certaine opinion de fermer les frontières terrestres et aériennes guinéennes avec les pays voisins touchés par la maladie à coronavirus, pour dit-on préserver les relations diplomatiques. Finalement la redoutable maladie a pointé du nez dans le pays d’Alpha Condé, le 12 mars 2020, à travers une personne travaillant pour le compte de l’Union Européenne.

Et puis la situation s’est empirée à quelques jours après au point que le chef de l’Etat s’est retrouvé dans l’obligation de décréter un état d’urgence sanitaire, assorti d’un couvre-feu imposé à l’ensemble du pays. Les Guinéens ont accepté par endroit et d’autres s’y sont opposés estimant que la maladie n’était pas réelle.

Une attitude de défiance qui s’explique par le manque de confiance de certains citoyens envers l’Etat guinéen qui s’est arrangé à organisé entre tems le double scrutin législatif et référendaire du 22 mars 2020 en dépit de l’opposition d’une frange de la population. Malheureusement, des Guinéens bien portants ont étaient tués pendant ces consultations électorales alors que d’autres luttaient contre la COVID-19 dans les centres de traitement épidémiologiques.

Le couvre-feu a continué, tant soit peu, jusqu’à la programmation de l’élection présidentielle. Mais cet état d’urgence même, quand bien même respecté, m’était incohérente. Le regroupement de plus 20 personnes interdit, le nombre de place limitée dans le transport en commun (trois passagers par taxi et 10 à bord de minibus). Pendant ce temps, le marché est ouvert du matin jusqu’à 16 heures.

Certains marchés sont miraculeusement dans l’insalubrité grandissante, des marchands cohabitent avec les ordures. A partir de 16h, les marchés sont fermés et une opération de désinfection avait même été lancée avec un financement de plus de 2 milliards de francs guinéens selon la directrice nationale de l’ANIES, mais elle n’a pas prospéré. Les lieux de cultes et de loisirs fermés. Le port de masque a carrément été refusé dans des villes comme Coyah et Dubréka où il y a eu des manifestations exigeant la levée des barrages de contrôle entre les villes. Une manifestation qui s’est soldée par la mort d’au moins 5 guinéens encore bien portant. Où est la priorité ? 

Et voilà, un beau matin, on a commencé à assister à des mobilisations politiques sans se préoccuper de l’existence de la maladie virale. Ensuite est venue l’allègement des certaines mesures impopulaires : on autorise la prière collective dans les lieux de cultes d’abord les jours de grandes mobilisations (vendredis pour les musulmans et dimanches pour les chrétiens). Suite à la manifestation des étudiants le nombre de passagers a été revu à la baisse : 5 personnes par taxi et dans les minibus difficile de dire avec exactitude surtout quand ils transportent des militants. Où est la priorité ? 

A la date du 13 octobre 2020 la Guinée totalise 11 062 cas confirmés du coronavirus dont 40 nouveaux73 décès sont à regretter et 10 337 établis +39 nouveaux rétablis selon les chiffres de l’agence nationale de sécurité sanitaire ANSS. Pendant ce temps, la campagne électorale pour  la présidentielle se déroule à travers tout le pays sans respect des gestes barrières. Le président de la république lui-même a constaté l’incohérence et il a trouvé un coupable :Cellou Dalein Diallo, qu’il accuse de se déplacer avec des camions de 20 à 50 personnes.

Des regroupements sont organisés un peu partout et souvent au mépris de mesures d’hygiène sanitaire pour ralentir la propagation du virus à travers ces rencontres qui même violente par endroit. La politique prime-t-elle sur la santé des Guinéens ? Je suis tenté de dire non, mais ma conscience me l’interdit.

Paradoxalement, l’Etat guinéen a fermé ses frontières terrestres avec le Sénégal, la Sierra Léone et la Guinée Bissau pour des raisons de sécurité nationale, dit-on. La santé n’était-elle pas une préoccupation de sécurité publique ?

Ce 13 octobre 2020, la Guinée devait livrer un match amical avec la Gambie, mais la fédération guinéenne de football a jugé utile de l’annuler parce que joueurs ont été testé positifs à la COVID-19.  Selon mes informations, les joueurs de l’équipe nationale guinéenne étaient logés à quatre par chambre lors du match de la journée FIFA contre le Cap-Vert au Portugal. Où est la priorité ?

Pire, les médecins soignants dénoncent leur traitement malgré tout le risque qu’ils prennent. Ces derniers menacent de tenir une manifestation le jeudi prochain pour exiger aux autorités une amélioration de leur condition de vie et du travail au risque de quitter les centres de traitement. J’espère qu’ils seront entendus et que nos patients continueront de recevoir leurs soins médicaux.

Chers dirigeants, attention ! Ce n’est pas à la maladie de s’adapter au calendrier politique. C’est à nous de nous conformer. Après la présidentielle, nous risquons de replonger dans une crise sanitaire profonde. Alors il est temps d’agir dans la prévention. Chers concitoyens, chacun est le premier garant de sa propre santé. Respectons les mesures d’hygiènes même après le coronavirus. Qu’Allah sauve la Guinée et qu’il bénisse ses fils et filles Amine !

Mamoudou Boulléré Diallo, journaliste au groupe HADAFO MEDIAS et collaborateur extérieur de Guinee-eco.info

Leave A Reply

Your email address will not be published.