Alpha Condé : « Nous avons une coopération stratégique avec la Chine, la stratégie minerais contre infrastructures »

Avant de s’envoler pour la Chine où il effectue actuellement une visite de travail d’une dizaine de jours, le Président guinéen a accordé une interview exclusive à nos confrères du site Conakrylive.info et de l’Agence Chine Nouvelle (Xinhua). Votre journal en ligne Guineeco.info vous propose l’intégralité de ladite interview dans laquelle Alpha Condé se prononce sur les principaux axes de coopération entre la Guinée et la République populaire de Chine. Lisez !

Excellence M. le Président, dans quelque jour vous allez effectuer une visite en chine. Quels sont les motifs de cette visite ?

Vous savez que la Guinée a été le premier pays d’Afrique à établir les relations diplomatiques avec la Chine en 1960. Et depuis lors nous avons eu des relations de coopérations excellentes avec la Chine tant dans le domaine politique qu’économique. Vous savez que la Guinée est un grand pays minier et nous avons la moitié de la réserve mondiale de bauxite, nous avons les minerais de fer les plus convoités dans le monde et nous avons d’autres minerais. La chine aujourd’hui est le principal consommateur. Donc nous avons des intérêts convergents. Quand j’étais en Chine en 2010, j’ai dit au président Xi Jintao que la guinée est une chance pour la Chine et la Chine une chance pour la Guinée. Donc nous avons beaucoup de sociétés chinoises qui sont en Guinée. Et surtout dans notre projet de Simandou qui est le plus grand projet minier, Chinalco et Rio Tinto sont actionnaires dans le projet. Ainsi, la coopération entre la Chine et la Guinée est extrêmement importante pour nous.alpha-conde

Monsieur le président; depuis plus de 50 ans la Guinée et la Chine ont des relations de coopération solides. Quel est l’état actuel de cette coopération ?

Disons que la coopération était très forte au cours de la première république et la Chine nous a accompagner à construire beaucoup d’usines. Malheureusement avec la deuxième république et la libération sauvage qu’on a instaurée, certaines de ces usines ont fermé. Mais la coopération économique n’est pas à la hauteur de la coopération politique entre la Guinée et la Chine. La coopération politique est excellente, parce que nous avons été non seulement le premier pays à reconnaitre la Chine, nous (la Guinée) faisons partie des 22 pays qui se sont battus pour que la Chine entre en possession de ses droits au sein des Nations Unies. Ensuite la Chine a été l’un des premiers pays à soutenir la Guinée pour notre entrée aux Nations Unies. Mais j’avoue que la coopération économique n’est vraiment pas à hauteur de la coopération politique. La guinée aurait pu avoir une coopération économique à la hauteur de l’Angola ou du Congo Brazzaville par exemple. C’est ce retard que nous voulons rattraper, parce que la guinée a beaucoup de potentialité minière et veut se développer et la Chine est un grand consommateur. Donc nous voulons que la coopération économique soit à la hauteur de celle politique.

Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, la coopération n’a jamais cessé de produire des fruits. Alors, dans les années à venir, dans quel domaine, d’après vous, les deux pays pourraient continuer et renforcer leur coopération ?

Vous savez nous avons besoin d’infrastructures routières, de chemin de fer et portuaires et nous pensons que la Chine peut nous accompagner dans le domaine des routes, du chemin de fer et de l’énergie. Vous savez que le barrage hydroélectrique de Kaléta avec 240 mégawatts a été réalisé sur financement de Exim Bank de Chine. Dans le même domaine, nous sommes en train de négocier pour le financement du barrage de Souapiti avec plus de 500 mégawatts.

Donc, le Chine peut nous accompagner dans le domaine de l’énergie ainsi que dans le domaine de l’agriculture. Nous avons 6 millions d’hectares de terres fertiles et nous avons besoins de faire l’irrigation pour faire trois cultures par an. La Guinée peut être le grenier de l’Afrique de l’ouest c’est-à-dire produire du riz et servir les autres pays, parce que nous somme le château d’eau de l’Afrique de ouest.

La Chine a aussi besoin de matière première (bauxite, minerais de fer, etc.), donc nous pensons qu’une coopération gagnant-gagnant est aujourd’hui possible entre nous et la Chine.

M. le Président, nous avons constaté un relâchement dans le projet Simandou avec Rio Tinto. Est-ce que cette question sera à l’ordre de jour avec le gouvernement chinois ?

La société Chinalco est actuellement en guinée et elle s’est entendu avec la société Rio Tinto pour que Chinalco puisse avoir la majorité dans le projet, parce que le gouvernement chinois ne peut pas accompagner un projet s’il n’a pas la majorité dans le financement. Nous espérons que nous allons accorder la majorité à Chinalco pour que le gouvernement chinois à travers Chinalco puisse relancer l’exploitation du minerai de fer de Simandou.

Etant donné que l’économie guinéenne a connu des difficultés ces deux dernières années, selon vous quelle peut être l’assistance de la Chine pour la relance de l’économique de votre pays ?

D’abord nous allons remercier la Chine pour l’aide qu’elle nous a apporté pendant la crise sanitaire liée à la fièvre Ebola. Nous avons eu un très bon soutien de la Chine. Maintenant pour relancer notre économique, comme je l’ai dis nous avons besoin de l’énergie, parce que sans énergie il n’y a pas de développement, nous avons besoins des infrastructures, de l’agriculture mais aussi des nouvelles technologies. Nous avons aussi besoins de l’assistance technique que la Chine nous a apportée toujours, comme c’est le cas au Palais du peuple, à l’hôpital d’amitié sino-guinéen etc. La Guinée est aussi très touristique et si nous avons des infrastructures, l’économie peut se développer très rapidement.

Monsieur le Président votre pays est riche en ressources minières, est ce que vous êtes prêt à nouer des relations avec la Chine pour la mise en valeur de ces ressources ?

Bien sûr, puisque nous avons une coopération stratégique avec la Chine, la stratégie minerais contre infrastructures. Nous nous avons des minerais et nous avons besoins d’industrie, la Chine a besoin de matière première et elle a des capitaux. Donc c’est une relation presque naturelle et c’est pourquoi j’ai dit la Chine est une chance pour la Guinée et la Guinée est chance pour la Chine.

La Chine a des expériences dans la modernisation de l’agriculture. Est-ce que votre pays peut s’inspirer de cette expérience ?

Certes ne pas copier, mais nous inspirer de ce model puisque chaque pays a ses spécificités. Mais nous pensons que l’expérience chinoise peut nous servir et surtout la Chine peut nous accompagner dans le domaine de sélection des semences, dans la formation des cadres, et dans l’irrigation. Donc nous pensons que nous pouvons tirer un grand intérêt de l’expérience chinoise et nous souhaitons que la Chine nous accompagne dans la modernisation de l’agriculture en Guinée.

Quelle est la place que la Guinée occupe dans les relations de coopération entre la Chine et les pays de la sous-région ouest africaine ?

C’est difficile de le dire. Nous nous sommes un pays ami de la Chine depuis 1960 et nous n’avons jamais varié.de tout temps, nous avons toujours été de même coté avec la Chine sur le plan de la politique internationale ainsi que dans les relations bilatérales internationales. Donc notre relation politique est très excellente.

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Interview réalisée par Xinhua en collaboration avec Conakrylive.info

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